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La barricade renversée
Histoire d’une photographie. Paris 1848
Parution : 05/02/2016
ISBN : 9782365120852
Format papier : 148 pages (14x22 cm)
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Paris, juin 1848. La révolution gronde dans les rues de la capitale. Partout, des barricades sont dressées. L’une d’elle, rue du Faubourg-du-Temple, va accompagner l’avènement du photo-journalisme. Dans l’éveil d’un petit matin parisien, trois forteresses obstruent une rue presque déserte. Une image aussi célèbre que méconnue. Due à un certain Thibault, elle montre une insurrection en acte. Qui en est l’auteur ? Et d’où vient ce mystérieux daguerréotype ?
Cette enquête inédite nous plonge en fait dans la petite histoire d’un homme, là, dans la grande histoire de la République. Suffrage universel, soulèvements populaires, industrialisation de la presse et de l’art : en revenant sur les pas de cet étrange reportage, ce livre nous fait découvrir la naissance d’une culture visuelle. Celle dont dépend notre conception même de la représentation politique.
Sur la demi-plaque en métal, une femme en bonnet piqué de blanc. À peine visible sur la droite du daguerréotype, elle observe, de la fenêtre de sa chambre. Il est 7h30 du matin. En ce dimanche 25 juin, elle est la seule présence humaine fixée par la lentille, là au dernier étage du 97, rue du Faubourg-du-Temple1. On la devine intriguée par l’étrange appareil qu’un homme braque vers le canal Saint Martin. Une nouvelle sorte de fusil ? À moins qu’il ne s’agisse d’une de ces inventions que les journaux appellent « appareil à photographier ».
En 1846, près de deux mille de ces prodigieuses machines avaient été vendues à Paris2. Les acquéreurs ? Pour la plupart des amateurs, séduits par ce qu’André Gunthert a nommé « la conquête de l’instantanéité ». Par ce procédé mécanique, portraits et paysages devenaient des images réputées exactes et inaltérables. Encadrées, parfois exposées, elles ouvraient une ère nouvelle de la représentation.
Jusqu’à nos jours, les daguerréotypes de Thibault ont gardé leur secret. Le département Photographie de chez Sotheby’s : c’est dans cette agence londonienne que deux d’entre eux furent achetés en 2002 par le Musée d’Orsay pour près de 183 000 livres sterling. Moment capital. Leur ancien propriétaire, le comte Geoffroy de Beauffort, un collectionneur belge, les avait acquises aux halles Baltard en 1970. Trente ans plus tard, il les cédait à un musée.
Nouveau lieu, nouveaux usages. Longtemps dédaignées, ces plaques de métal poli devenaient des œuvres d’art. D’autant que l’histoire de la photographie a fait d’elles un moment fondateur. Pas un ouvrage, dictionnaire ou anthologie d’envergure
qui, depuis leur redécouverte, ne leur réserve une place de choix. Célèbres, les daguerréotypes de Thibault exercent une sorte de magistère. Avec eux, est joué et rejoué le thème de la barricade renversée.
Pour le comprendre, il faut se replonger dans le contexte. Le 24 février 1848, Louis-Philippe, qui régnait depuis la révolution de juillet 1830, abdique. La République est proclamée. Les ouvriers de la capitale voient avec espoir le Gouvernement provisoire accueillir en son sein Louis Blanc. Sous son action, est institué, le 25 Février, le droit au travail. Le ministre des Travaux publics, Marie, entérine, lui, la création des « Ateliers nationaux ». Des initiatives destinées à venir en aide à toutes celles et à tous ceux qui étaient plongés dans la misère.
Cette organisation du travail n’a duré que trois mois. Deux semaines après les élections du 23 avril, la Commission exécutive remplace le Gouvernement provisoire. A peine arrivée, elle décide de clore les listes d’inscription des Ateliers nationaux. Quant à l’Assemblée constituante issue du suffrage universel, elle décide de les fermer le 21 Juin 1848, en poussant les ouvriers à s’enrôler dans l’armée ou à partir en province. C’est le début de l’insurrection. Dès la nouvelle connue, des barricades s’élèvent. Très vite, on en compte près de 1 500 dans les rues de Paris.
En ces jours de juin 1848, un opérateur a capturé l’une des scènes où tout s’est joué. Ce sont trois vues prises dans le Faubourg du Temple, avant et après la charge des troupes du général Lamoricière qui renversa le rêve d’une « République démocratique et sociale ». On peut parler d’un événement photographique. Face à la légitimité du suffrage universel, la barricade dressée par les ouvriers fut terrassée. La force insurrectionnelle ? Elle perdit une bataille décisive.
D’où la nostalgie qui entoure de telles empreintes photographiques. Elle garde le lien avec un Paris populaire, celui qu’ont enseveli les travaux du baron Haussmann. Un Paris qui porte au grand jour une définition combattante de la citoyenneté, avec l’espoir « qui sous-tendait toutes les luttes depuis la Restauration, à savoir que la bourgeoisie et le peuple, main dans la main, allaient terminer ce qui avait été commencé en 1789 »3.
Réalisation : William Dodé