Dans la collection « Savoir/Agir »

 
couverture
Gérard Mauger
L’Émeute de novembre 2005
Une révolte protopolitique

Parution : 29/09/2006

ISBN : 2914968221

Format papier
160 pages (14 x 20,5 cm) 13.50 €

Format numérique
6.75 €
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Novembre 2005 : parallèlement à l’émeute où s’affrontent « jeunes des cités » et policiers, se déroule une « émeute de papier » où se confrontent représentations hostiles ou favorables aux émeutiers : reportages et éditoriaux des journalistes, déclarations des hommes politiques, interprétations contradictoires des intellectuels. Cette émeute de papier fait évidemment partie de l’émeute.
Pour rendre compte de l’événement, il s’agit donc d’établir à la fois une version contrôlée des faits – ce qui s’est passé dans les banlieues –, un répertoire raisonné des prises de position – ce qui s’est passé sur les scènes médiatique, politique, intellectuelle –, et de confronter les interprétations proposées aux faits établis.
Si l’on renonce à des énoncés plus proches de l’exhortation ou de la dénonciation que de la description, force est de constater qu’au regard du répertoire d’action politique institutionnalisé, l’émeute de novembre 2005 s’apparente évidemment plus à une révolte « protopolitique » qu’à un mouvement social organisé.
Gérard Mauger est sociologue, directeur de recherches au CNRS et directeur adjoint du Centre de sociologie européenne (CNRS-EHESS). Il est membre de l’association Raisons d’agir. Ses recherches ont porté sur la jeunesse, la déviance, les pratiques culturelles et les intellectuels. Auteurs de nombreux ouvrages, il a notamment dirigé Lire les sciences. Vol. 4 / 1997–2004 (Maison des sciences de l’homme, 2004) et Rencontres avec Pierre Bourdieu (Éd. du Croquant, 2005).
Dossier de presse
« Cette révolte exprimait une indignation collective » Jean Birnbaum Le Monde des livres, 16/02/2007
Cités, le « face-à-face permanent » Jacky Durand Libération, 13/02/2007
L’émeute de novembre 2005 : Une révolte en quête de politisation Roland Pfefferkorn La Marseillaise, 05/11/2006
« Cette révolte exprimait une indignation collective »

Gérard Mauger est sociologue, directeur de recherches au CNRS et directeur adjoint du Centre de sociologie européenne (CNRS-EHESS). Il vient de publier Les Bandes, le milieu et la bohème populaire. Etude de sociologie de la déviance des jeunes des classes populaires (Belin, “Sociologiquement”, 260 p., 22 €) et L’Émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique (Ed. du Croquant “Savoir/ Agir”, www.atheles.org, 160 p., 13,50 €).

Vous étudiez les mutations de la “culture de rue” depuis les “loubards” des années 1970 jusqu’aux actuels “jeunes des cités”. Comment les résumer ?

Peut-être faut-il d’abord dire en quoi ils se ressemblent : la fraction la plus démunie des jeunes des cités entretient, comme les loubards, le culte des valeurs de virilité. Cela dit, on peut également mettre en évidence tout ce qui les sépare. Les loubards étaient d’abord définis (et se définissaient eux-mêmes) par leur appartenance aux classes populaires, alors que les jeunes des cités sont d’abord identifiés par leurs origines “ethnico-religieuses”. L’orientation et l’auto-élimination scolaires précoces des loubards ont fait place à la disqualification, aux “violences scolaires”, à la “déscolarisation” des jeunes des cités. Les loubards, y compris les plus scolairement démunis, accédaient sans trop de difficultés au marché du travail (ils étaient apprentis ou ouvriers, quelquefois employés, rarement chômeurs), les jeunes des cités qui ont échoué à l’école sont chômeurs, stagiaires ou intérimaires.
Les loubards habitaient dans les quartiers ouvriers traditionnels ou dans des “grands ensembles” dotés du confort moderne, les jeunes des cités sont relégués dans des “quartiers sensibles”. Les pratiques illégales des loubards se cantonnaient à la “baston” et à des vols “utilitaires”, les jeunes des cités, fauteurs d’“incivilités” et de “violences urbaines”, sont plus ou moins investis dans l’économie souterraine (“deal” et “bizness”).

Quel lien établissez-vous entre ces mutations et les nouvelles formes de pratiques émeutières telles qu’elles se sont déployées en novembre 2005 ?

Cete émeute trouve son origine dans l’issue tragique d’une intervention policière et dans les propos insultants du ministre de l’intérieur. Il faudrait donc rendre compte de la banalisation de ce style d’intervention policière et politique à l’égard des jeunes des cités. Si elle s’explique en partie par l’extension de la délinquance dans les “quartiers sensibles”, elle est également liée à la surenchère sécuritaire qui s’est mise en place dans le champ politique.
L’extension de la délinquance renvoie à la “nouvelle question sociale” déjà évoquée, c’est-à-dire par la disqualification scolaire, professionnelle et symbolique. Pour ce qui est de la surenchère sécuritaire, il faudrait étudier les luttes symboliques qui opposent les différentes catégories de producteurs (médiatiques, politiques et scientifiques) de représentations des jeunes des cités…

Contre ceux qui décrivent les émeutiers comme de purs délinquants, et aussi contre ceux qui voudraient voir en eux une “avant-garde” révolutionnaire, vous définissez les événements de 2005 comme une “révolte protopolitique”. Qu’est-ce à dire ?

Dès le début de l’émeute, une vive controverse s’est nouée entre détracteurs et thuriféraires des émeutiers, dont l’enjeu principal était de récuser ou d’attribuer un label “politique” à l’émeute. Je me suis efforcé de reconstituer et de classer les argumentaires des uns et des autres et d’en ébaucher une analyse critique. La disqualification était juridique, morale, culturelle et “ethnico-religieuse”. Quant aux entreprises d’habilitation politique, les unes déduisaient le caractère “politique” de l’émeute des effets politiques constatés, les autres justifiaient le label politique par les “causes” prêtées à l’émeute : révolte du “précariat” pour certains, révolte des “ghettos” ou des “minorités visibles” pour d’autres. A mon sens, cette révolte exprimait une indignation collective contre une “violence d’Etat illégitime” : violence physique des policiers qui s’était soldée par la mort de Bouna et Zyed, redoublée par la violence symbolique du ministre de l’intérieur. Dans la mesure où l’Etat peut être défini par le double monopole de la violence physique et symbolique légitimes (Weber, Bourdieu), cette révolte contre des pratiques étatiques perçues comme illégitimes était proprement “politique”.
Mais parce que, en l’absence d’un travail de politisation, depuis longtemps abandonné dans les ex-banlieues rouges, les formes d’expression de l’”émotion populaire” s’apparentaient manifestement plus aux révoltes des siècles passés qu’à une manifestation “République-Bastille”, cette rébellion se situait “hors cadre” par rapport au répertoire légitime d’action collective. Elle était donc susceptible d’être rejetée “hors politique” (dans le “droit commun”) : de ce point de vue, l’émeute de novembre 2005 apparaît comme une révolte “protopolitique”.

Jean Birnbaum
Le Monde des livres, 16/02/2007
Cités, le « face-à-face permanent »

*Gérard Mauger, sociologue, analyse l’évolution des rapports entre jeunes et policiers.

Sociologue, directeur de recherches au CNRS, directeur-adjoint du Centre de Sociologie Européenne (CNRS-EHESS), il vient de publier L’émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique (Editions du Croquant, 2006) et Les bandes, le milieu et la bohème populaire. Etudes de sociologie de la déviance des jeunes des classes populaires (Belin, 2006).*

Les bandes de jeunes en 2007 ressemblent-elles à celles d’il y a trente ans ?
Elles se ressemblent, en effet, dans la mesure où il s’agit dans les deux cas de formes de sociabilité de voisinage des jeunes des classes populaires, dans la mesure aussi où elles entretiennent, aujourd’hui comme hier, le culte des valeurs de virilité avec ses défis et ses bastons, ses territoires et ses réputations à défendre, ses affrontements entre bandes rivales, la police étant souvent perçue elle-même comme une bande rivale…

Comment les pratiques déviantes ont-elles évolué ?
Les similitudes que je viens d’évoquer s’accompagnent, en effet, de multiples transformations. L’essentiel est, je crois, le brouillage des frontières entre «le monde des bandes » et « le milieu » (celui de la délinquance professionnelle). Alors que les pratiques illégales des loubards se cantonnaient à la « baston » et à des vols « utilitaires », les jeunes des cités, affectés à la « culture de rue », sont – inégalement – investis dans l’économie souterraine (« deal » et « bizness »). Pour rendre compte de ces transformations, il faut prendre la mesure des effets des transformations du système scolaire et du marché du travail : à commencer par l’extension du chômage et de la précarisation et la recherche d’alternatives au salariat. Mais il faut également analyser les incidences de la métamorphose des « banlieues rouges » en « quartiers sensibles », tenir compte des effets induits par l’apparition et la diffusion de la consommation de drogues chez les jeunes des classes populaires à la fin des années 1970 (l’émergence d’une économie souterraine), etc.

Comment ont évolué les discours de stigmatisation sur ces jeunes ?
La compassion a cédé la place à la stigmatisation. Schématiquement, dans le discours dominant, «l’enfance en danger» a été remplacée par « l’enfance dangereuse », la mise en cause de la « responsabilité individuelle » et le refus viril de « l’excuse sociologique » se sont substitués à la mise en avant de « la détresse psychologique et sociale ». Et, dans la mesure où la délinquance est souvent le fait d’enfants d’immigrés – tout simplement parce qu’ils sont au centre de « la nouvelle question sociale » : déscolarisation, précarisation, discriminations, paupérisation, etc. –, on assiste, du fait de l’écho trouvé par les thèses du FN et de la surenchère sécuritaire, à la résurgence de discours plus ou moins explicitement racistes.

Les mots « prévention » et « répression » ont-ils le même sens aujourd’hui dans les discours politiques ?
Non, je pense qu’ils tendent à devenir synonymes : la meilleure prévention, dit-on aujourd’hui, c’est la répression, grâce aux vertus dissuasives qu’on lui prête. Tout le reste est «angélisme». D’une certaine façon, on peut y voir une conséquence de l’extension à toutes les sphères de la vie sociale – y compris la délinquance – du paradigme de l’_homo œconomicus_ inspiré de Gary Becker. De ce point de vue – à la fois simpliste et intellectualiste – le délinquant « choisit la délinquance » au terme d’un calcul coûts/bénéfices…

Comment comparez-vous l’approche des hommes politiques sur ces jeunes il y a trente ans et aujourd’hui ?
On peut la résumer à un alignement tendanciel de la gauche de gouvernement sur les partis de droite qui tendent eux-mêmes à s’aligner sur le FN: cette surenchère sécuritaire a eu pour conséquence le renforcement ininterrompu d’un arsenal législatif pourtant déjà très dense. Pour en rendre compte, il faudrait retracer les luttes symboliques qui opposent depuis trente ans, au sein des médias et du microcosme politique, mais aussi au sein du monde de «l’expertise» et/ou de la sociologie, les différentes catégories de producteurs de représentations et d’interprétations de la délinquance, des jeunes des cités, des quartiers sensibles, etc.

Comment ont évolué les relations entre ces jeunes et la police ?
Tous les sociologues qui se sont intéressés à la question constatent une dégradation constante. Dans ces « quartiers sensibles », la police intervient sur tous les registres de l’action répressive : du simple contrôle d’identité jusqu’à l’opération de maintien de l’ordre massive, en passant par les opérations de police judiciaire (interpellations, perquisitions, etc.). D’où un face-à-face permanent entre les jeunes des cités les plus désœuvrés et les policiers les moins expérimentés. C’est ainsi que les relations entre les jeunes des cités et les policiers sont devenues structurellement conflictuelles, accompagnées de violences symboliques et physiques réciproques.

La manière dont ces jeunes envisagent leur avenir a-t-elle changé ?
Il me semble qu’elle s’apparente à celle des sous-prolétaires algériens qu’avait étudiés Pierre Bourdieu : elle oscille entre onirisme social et démission fataliste, entre désespoir et rage impuissante. Mais sans doute faut-il nuancer en tenant compte, par exemple, des aspirations consuméristes associées à l’intériorisation de la « culture jeune »…

Le rapport de ces jeunes à la politique a-t-il évolué ?
De façon générale, il n’est sans doute pas inutile de rappeler, contre les visions populistes enchantées, que les plus démunis politiquement – qu’ils déclarent leur indifférence et /ou leur incompétence – se recrutent prioritairement parmi les plus démunis économiquement et culturellement. Et rien – hormis peut-être l’audience trouvée par certains groupes de rap – n’autorise à penser que les choses vont en s’améliorant : la «désouvriérisation» des jeunes des cités, la débandade des formes d’encadrement politique, syndical, associatif, des banlieues rouges d’autrefois n’améliorent évidemment pas la situation.

La délinquance est-elle une forme d’expression politique ?
La tradition anarchiste, qui voit dans ce que Foucault appelait les « illégalismes populaires » une forme d’expression politique, n’est pas disparue… En ce qui concerne les formes contemporaines des pratiques délinquantes (le buziness, les prédations et les violences afférentes), je suis plus que sceptique… Quant à l’émeute de novembre 2005, cette révolte exprimait, à mon sens, une indignation collective contre une « violence d’Etat illégitime » : violence physique d’une course-poursuite qui s’est soldée par la mort de Bouna Traoré et Zyed Benna, redoublée par la violence symbolique (« racaille » et « Kärcher ») du ministre de l’Intérieur. En ce sens, cette émeute était « politique ». Mais cette révolte des jeunes des cités, qui se situait « hors-cadre » par rapport au répertoire légitime d’actions collectives tel qu’il s’est construit au fil d’une histoire plus que séculaire, était susceptible d’être rejetée « hors politique » (dans « le droit commun ») : de ce point de vue, l’émeute de novembre 2005 était une révolte « protopolitique ».

Jacky Durand
Libération, 13/02/2007
L’émeute de novembre 2005 : Une révolte en quête de politisation

Un an après, questions à Gérard Mauger, directeur de recherche au CNRS

La Marseillaise : L’originalité de votre livre tient dans le fait qu’outre le récit de l’émeute de novembre 2005, il propose une analyse des prises de positions disparates, qui se sont exprimées pendant et après l’émeute et qui visaient, selon les cas, à disqualifier ou au contraire à magnifier les émeutiers, bref une analyse de ce que vous appelez “ l’émeute de papier ”.

Gérard Mauger : L’émeute de novembre 2005 s’est déroulée, en effet, sur deux scènes : dans les banlieues où elle mettait aux prises la police et les jeunes émeutiers et dans les médias où étaient mises en scène des représentations et des interprétations contradictoires de ce qui se passait dans les banlieues. Mis à part les habitants des cités concernées et les policiers engagés dans les opérations de maintien de l’ordre, l’émeute n’a eu d’existence, pour tous les autres, qu’à travers les représentations qui en étaient données : pour la plupart d’entre nous, “l’émeute”, ce fut une “émeute de papier” (ou d’images). Ceci dit, ces deux émeutes ne sont pas indépendantes. D’une part, ces représentations, énonçant avec autorité (ou avec “l’évidence” de l’image), ce que sont et ce que font les émeutiers sont susceptibles de s’imposer à tous. D’autre part, ces représentations ne relèvent pas seulement du registre du fantasme : elles font au moins allusion à tel ou tel aspect de l’émeute et des émeutiers. C’est dire que “l’émeute de papier” fait évidemment partie de “l’émeute”. Sans sa mise en scène politique, médiatique, intellectuelle, l’émeute de novembre 2005 n’aurait évidemment pas été ce qu’elle a été : un événement marquant. Je me suis donc efforcé de reconstituer à la fois “l’émeute” – son déclenchement, sa propagation, les pratiques des émeutiers et leurs caractéristiques sociales – et “l’émeute de papier”. Force était alors de relever, d’une part, le silence des émeutiers et “l’aphasie de l’opposition démocratique” et, d’autre part, la vive controverse entre les entreprises de disqualification politique (juridique, morale, culturelle et “ethnico-religieuse”) et les entreprises d’habilitation politique. Ces entreprises d’habilitation mettaient en avant les effets politiques produits par les émeutiers et les causes politiques supposées de la révolte : celle du “précariat”, celle des “ghettos” et celle des “minorités visibles”. Je me suis efforcé de reconstituer les argumentaires des uns et des autres et d’en ébaucher une analyse critique, en les confrontant au récit contrôlé de l’émeute que j’ai tenté d’établir et à ce que l’on sait par ailleurs des “jeunes des cités”.

Vous caractérisez ces émeutes de “protopolitiques” : qu’entendez-vous par là ?

Gérard Mauger : Après cette analyse critique des interprétations proposées, je ne pouvais pas me dérober à la question du “sens” de cette émeute : comment la qualifier ? Je n’ai pas trouvé mieux que cette épithète savante : “protopolitique”… Faute d’avoir pu enquêter auprès des émeutiers pour arbitrer les luttes symboliques sur le sens de l’émeute, je me suis interrogé sur les conditions de “recevabilité politique” d’une action collective. Le travail plus que séculaire de mise en forme et de légitimation d’un “répertoire d’action collective”, définissant une norme en matière de protestation collective a pour corollaire la production d’une déviance, donc la disqualification de formes de protestation antérieures (comme les révoltes paysannes des siècles passés) ou nouvelles (qui s’apparentent, au moins, par leur absence d’encadrement politique, de revendications explicites, de porte-parole, aux “émotions populaires” du passé). De ce point de vue, l’émeute de novembre 2005 apparaît comme une révolte “protopolitique” : “hors-cadre” par rapport au répertoire légitime d’action collective et, de ce fait, susceptible d’être rejetée “hors politique” (dans “le droit commun”) ou, à l’inverse, de faire l’objet d’entreprises protéiformes d’habilitation politique. En l’occurrence, “l’émotion” et la colère provoquées par la “bavure policière” qui a causé la mort de Bouna et Zyed, sur fond de vexations policières permanentes et d’insultes du ministre de l’Intérieur, s’inscrivent dans le cadre de la longue histoire des protestations collectives contre “la violence d’État” : en ce sens, elles sont politiques. Faute d’encadrement politique – élaboration collective de mots d’ordre et de revendications, désignation de porte-parole, organisation de manifestations, etc. – elles s’inscrivent en marge du répertoire d’action collective légitime. C’est pourquoi, à mon sens, cette révolte protopolitique appelle un travail de politisation.

Ce livre est le troisième que vous publiez dans une petite maison d’édition de province, les Éditions du Croquant, pourquoi ce choix paradoxal ?

Gérard Mauger : Ce parti pris est, à mon sens, une conséquence d’un engagement sociologico-politique. Je suis membre de l’association “Raisons d’agir” qu’avait fondée Pierre Bourdieu aux lendemains des grèves de 1995. Après sa disparition et quelques démêlés avec les Éditions Raisons d’Agir, il nous a semblé cohérent d’ouvrir une nouvelle collection – “Savoir/Agir” – chez un éditeur autonome, indépendant des groupes financiers qui contrôlent aujourd’hui l’essentiel de l’édition française : les Éditions du Croquant que dirige Alain Oriot. J’y ai d’abord publié Rencontres avec Pierre Bourdieu1 : c’était une manière, pour l’éditeur et pour moi, de revendiquer un héritage sociologico-politique. Je viens d’y publier L’émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique2 : il s’agit du douzième volume de la collection “Savoir / Agir”. Comme les ouvrages publiés précédemment, il s’agit d’une contribution sociologique au débat politique et, en l’occurrence, d’une tentative d’objectivation sociologique qui, je l’espère, pourra contribuer utilement aux très vives controverses qu’a suscitées l’émeute de novembre 2005… Enfin, nous avons ouvert une nouvelle collection aux Éditions du Croquant : “Champ social” dont la vocation est plus scientifique que politique. Inaugurée par le très beau livre de José-Luis Moreno sur Michel Foucault3, elle se prolonge par un ouvrage collectif dont j’ai assuré la direction sur L’accès à la vie d’artiste4 : il s’interroge sur les procédures de sélection et de consécration artistiques dans différents champs des “arts de la scène” (théâtre, cinéma, musique).

Notes
1. Gérard Mauger (dir.), Rencontres avec Pierre Bourdieu, Broissieux, Éditions du Croquant, 2005.
2. Gérard Mauger, L’émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique, Broissieux, Éditions du Croquant, Coll. “Savoir/Agir”, 2006.
3. José-Luis Moreno-Pestana, En devenant Foucault. Sociogenèse d’un grand philosophe, Coll. “Champ social”, 2006.
4. Gérard Mauger (dir.), L’accès à la vie d’artiste. Sélection et consécration artistiques, Broissieux, Éditions du Croquant, Coll. “Champ social”, 2006.

Roland Pfefferkorn
La Marseillaise, 05/11/2006
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Graphisme : T–D