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Un monde défait
Les communistes français de 1956 à nos jours
Parution : 03/09/2009
ISBN : 9782914968607
Format papier : 216 pages (14 x 20,5)
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Plutôt qu’une nouvelle description du déclin du PCF, cet ouvrage présente des études visant à restituer les logiques multiples, endogènes et exogènes, qui peuvent rendre compte de l’histoire du PCF dans le dernier demi-siècle. Institution politique dont la vision du monde stalinienne est profondément mise en cause après 1956, le PCF procède à un double aggiornamento, intellectuel et stratégique, que la rupture de l’Union de la gauche en 1977 vient briser. Depuis les années soixante en effet, une autre configuration partisane – fondée sur d’autres rapports de force internes entre les différents types de militants et cadres – avait progressivement pris forme au point de menacer les positions de pouvoir des héritiers du « cadre thorézien » dont Georges Marchais était le chef de file. Les logiques bureaucratiques de survie de l’institution politique qui prévalent après 1978 se traduisent par le départ de nombreux militants (dont beaucoup d’intellectuels) et par des crises, plus ou moins visibles, du groupe des militants et permanents ouvriers. Le désarroi des militants et des cadres, souvent vécu dans l’isolement et le « quant à soi », précédant un retrait silencieux et malheureux, dévitalise peu à peu le parti politique, au moment même où s’opèrent des transformations de la classe ouvrière à la fois objectives et subjectives auxquelles le PCF ne peut plus faire face par les moyens de la rhétorique traditionnelle. L’effondrement des régimes communistes en 1989–1991 et l’échec de la « stratégie d’attente » mise en œuvre depuis 1978 conduisent au rejet de la « matrice stalinienne » – la période Robert Hue, 1994–2002 –, puis à un démembrement progressif du système d’action communiste et bientôt du PCF lui-même.
Dossier de presse
Igor Martinache
Alternatives économiques , Novembre 2009
Laurent Bonelli
Le Monde diplomatique , Novembre 2009
Laurent Lévy
Site des Communistes unitaires , Octobre 2009
A l’heure où l’on célèbre avec fastes la chute du mur de Berlin, le déclin du Parti communiste français est devenu un lieu commun. Les commentaires hâtifs et distants sont aussi nombreux que sont rares les analyses rigoureuses et bien documentées sur l’évolution du PCF depuis la déstalinisation. En proposant ici une synthèse de ces travaux, dont les siens, Bernard Pudal montre que cette question met en jeu bien plus qu’une organisation partisane.

Reprenant à son compte l’analogie désormais éculée du "Parti" avec l’Eglise catholique, il l’approfondit cependant avec profit pour montrer comment sa "vérité" s’est progressivement fissurée. A commencer par la croyance en une liaison nécessaire entre communisme et classe ouvrière. Loin de se réduire à une nécrologie intellectuelle, cet ouvrage permet de s’interroger sur la représentation des classes populaires, mais aussi sur l’articulation des dimensions objective et subjective des phénomènes politiques.
Igor Martinache
Alternatives économiques , Novembre 2009
Rubrique Politique
À en juger par le nombre d’articles qui lui sont consacrés, le « déclin » du Parti communiste français (PCF) semble devenu un style à part entière, souvent jubilatoire, plus rarement nostalgique.
Lorsqu’il analyse les logiques qui ont taraudé le PCF depuis 1956, Bernard Pudal adopte une tout autre perspective.
En multipliant les points de vue (trajectoires de militants, récits des anciens cadres, contributions aux débats et aux congrès), il restitue une histoire qui est inséparablement politique et sociale. En effet, c’est l’étude des équilibres mouvants entre les groupes qui composent le Parti (notamment les militants ouvriers et les intellectuels), de même que celle des transformations de leur quotidien (précarisation, chômage de masse) et de leurs cadres de référence (la classe ouvrière, l’Union soviétique), qui permet de rendre compte des évolutions, y compris idéologiques, du PCF.
Ce travail éclaire ainsi une configuration singulière dans laquelle le Parti a pu, sur près d’un demi-siècle, contrecarrer l’(auto)exclusion des milieux populaires du jeu politique.
Laurent Bonelli
Le Monde diplomatique , Novembre 2009
"Les communistes français de 1956 à nos jour"s par Bernard Pudal
Bernard Pudal figure désormais parmi les principaux spécialistes de l’histoire et de la sociologie du PCF. Dans son dernier ouvrage, il se penche sur l’après-1956. Il prend le temps de se distancer à la fois des nostalgiques, qui souhaitent réhabiliter la part présumée non stalinienne de l’histoire du PCF, et des anti-communistes qui souhaitent entériner l’échec du projet communiste lui-même. Il indique également à quel point la crise du PCF se nourrit de lourds paramètres exogènes, du point de vue des rapports de forces sociaux et politiques. Il s’attache à décrire, dans le cadre de l’aggiornamento consécutif à la mort de Staline, la tentative de refonder les bases intellectuelles du parti tout en maintenant les intellectuels communistes sous contrôle, ce qui implique à la fois une prise de distance progressive de nombre d’entre eux avec le PCF et une reprise en main brutale par l’appareil dirigeant des outils d’élaboration théorique.
Il aborde également la nouvelle stratégie d’union de la gauche, conçue sur le modèle du Front populaire, qui attire au PCF, notamment dans l’après-68, des militants venus des classes moyennes séduites par ce projet. La combinaison de cette mutation sociologique profonde avec la rupture du programme commun en 1977 amène ensuite le PCF à une « politique de survie bureaucratique », sans repères stratégiques mais avec une politique interne visant à éliminer toute opposition. Dès lors, le désarroi militant s’étend dans les années 1980, encore aggravé dans l’après 1989-1991 puis par les échecs électoraux des années 2000. L’auteur ne semble pas considérer que les tentatives mises en place par Robert Hue puis Marie-George Buffet pour redéfinir le PCF puissent l’enrayer.

Il faut lire Pudal pour mieux comprendre la crise du PCF, mais aussi pour mettre en perspective les difficultés inhérentes à la construction d’un parti souhaitant offrir aux dominés un outil qui soit véritablement le leur.
Jenny Simons
Site du NPA , 26/10/2009
Une tentative de socio-histoire du Parti communiste français

Las de subir régulièrement la glose des experts auto-proclamés du « déclin du Parti communiste », c’est naturellement avec intérêt
et espoir que l’on accueille la démarche socio-historique de Bernard Pudal.

Ici, les difficultés de mobilisation et de représentation du communisme français sont analysées en lien avec le durcissement et la complexification de la lutte des classes (répression syndicale et disqualification symbolique des ouvriers, notamment). Grâce à un travail d’archives attentif au vécu et au ressenti des militants actifs entre 1956, année de révélation du rapport Khrouchtchev sur les crimes du stalinisme, et les années quatre-vingt-dix, le Parti communiste peut être appréhendé de façon dynamique, en tenant compte de l’évolution de ses rapports internes, notamment entre cadres ouvriers et intellectuels. Pudal rappelle le rôle pour le moins étriqué qui était dévolu à ceux-ci au temps de Staline : la légitimation de la pleine autonomie politique et idéologique du mouvement ouvrier et de son avant-garde se payait alors d’une réduction sclérosante de la théorie révolutionnaire à l’expérience concrète de la classe ouvrière. C’est donc assez logiquement que la « mise en cause » de la vision stalinienne du monde, après 1956, se traduit par un « aggiornamento » (ou mise à jour) stratégique et intellectuel.

Les deux aspects vont de pair : à la reconnaissance, lors du Comité central d’Argenteuil de 1966, de l’autonomie de création des intellectuels et artistes membres du PCF correspond, quelques années plus tard, l’Union de la gauche, qui peut être vue comme une tentative de penser l’intervention politique des « dominés » hors de tout enfermement dans l’ouvriérisme. Pudal souligne que, lorsque cette stratégie unitaire est rompue en 1977, les intellectuels quittent le Parti en masse, cependant que nombre de militants, y compris permanents (voir le chapitre IV consacré au parcours de Gérard Belloin) rentrent dans un processus de « désadhérence », fait de multiples réaménagements identitaires. D’évolutions en « involutions », l’histoire du PCF paraît ici celle d’une incapacité tragique à dépasser positivement la matrice stalinienne. Évoquant la situation actuelle du Parti communiste, Pudal fait mine de s’interroger : « L’inflation de démocratie interne que connaît le PCF ne remplit-elle pas une fonction homologue à celle du centralisme bureaucratique antérieur, celle de préserver l’inertie de l’appareil en rendant inopérante toute critique, hier par le jeu de la marginalisation, de l’exclusion et de la disqualification, aujourd’hui par une sorte de démagogie d’organisation où l’on promeut chaque communiste au statut de théoricien ? » Le parallèle, cinglant, mérite sans aucun doute d’être médité. Mais on s’étonne que Pudal ne s’intéresse pas plus aux militants communistes qui se sont engagés ces dernières années, à leurs aspirations, au sens qu’ils trouvent dans leur engagement. Dans un sous-chapitre intitulé « Qui sont les communistes ? », il affirme manquer d’études sociologiques sur la question. Au final, on regrette que le chercheur n’ait pas pu ou voulu prolonger sa démarche socio-historique par un travail d’enquête plus poussé.

Laurent Etre
L'Humanité , 3/10/2009
Un Monde défait
Suffit-il de collationner quelques articles sur des sujets voisins pour faire un bon livre ? Certainement pas ; mais le livre de Bernard Pudal montre par contre, comme bien d’autres avant lui, que l’opération est en tous cas possible. Et si l’on peut regretter que ce livre ne soit pas celui que l’on aimerait voir publier, il est difficile de lui reprocher d’avoir écrit autre chose que ce que l’on aurait attendu. Et au moins ne court-il pas le risque – fatal – de se voir reprocher trop amèrement son caractère incomplet, puisqu’il ne se proposait pas de faire le tour de la question.
Un monde défait. Tel est le titre. Et le sous-titre : Les communistes français de 1956 à nos jours. Le livre est publié aux éditions du Croquant, dans la collection savoir/agir (18,50 € – disponible dans votre librairie indépendante, et en particulier à la librairie « Envie de Lire » à Ivry-sur- Seine, enviedelire@free.fr, 01.46.70.35.03, qui a réussi à passer le cap de la Fête de l’Huma et sera ravie de vous l’adresser sur commande). Avec un tel sous-titre sur la couverture, il y a de quoi être alléché, et de quoi regretter qu’il ne s’agisse pas d’un ouvrage de synthèse. Mais en 214 pages, même riches et agréables à lire comme elles le sont, c’eût été une gageure intenable ; et pour le coup, il aurait été trop facile d’en relever les manques.
À défaut d’un ouvrage de synthèse, pour lequel il nous faut encore réserver une place dans nos bibliothèques, voici un livre passionnant de bout en bout, oeuvre de l’un de ces spécialistes non anticommunistes du PCF, qui avait été entre autres aux côtés de Claude Pennetier et Serge Wolikow, l’un des co-directeurs de l’indispensable livre de référence Le Siècle des communismes, aux Éditions de l’Atelier / Éditions Ouvrières (rééditions en poche dans la collection Points, également disponible, etc., voir parenthèse précédente). Plus limité dans son objet, ce nouveau livre est de la même veine : même sérieux, même intelligence bienveillante, même refus du préjugé, mais aussi même rigueur sans complaisance.
L’introduction, dans laquelle le livre est présenté, comporte en outre une critique argumentée de « l’école » anticommuniste qu’illustre un Stéphane Courtois. Qui a suivi les débats relatifs au Livre noir du communisme dirigé par ce dernier et où l’on faisait au communisme un procès rappelant par sa dignité et son objectivité celui qui fut intenté à Nicolae Ceausescu dans une Roumanie enfin libre qui entendait donner des gages de sa volonté réelle d’intégrer à marche forcée l’Occident démocratique et libéral, n’apprendra rien mais appréciera ce rappel utile de ce qui peut distinguer l’historiographie scientifique de la propagande fielleuse.
Le premier chapitre porte sur la période 1956-1978, et est centré sur La crise intellectuelle du PCF. Il analyse en particulier les modes d’existence et le caractère ecclésial de la théorie qui prévalent dans le PCF dans la suite immédiate du « stalinisme », et leur évolution au cours de la période.
Le deuxième le poursuit avec une étude de cas passionnante : celle des rapports entre Louis Althusser et Waldeck Rochet, le philosophe et le Secrétaire général, mis en perspective depuis les premières critiques adressées à Roger Garaudy, pape éphémère du marxisme au sein du parti, par les jeunes philosophes de la fin des années 50, Lucien Sève, Michel Simon et Michel Verret, jusqu’à l’entrée en dissidence explicite d’Althusser en 1978. Si cette histoire n’est pas complète, laissant par exemple dans l’ombre les conditions de la défaite théorique et politique de Garaudy, ce qui est posé met en évidence les conditions et les enjeux du débat interne au PCF (ainsi que leurs évolutions) sur les questions théoriques. Ces réflexions appellent avec gourmandise des approfondissements ultérieurs, non seulement sur le plan de la sociologie historique, mais aussi sur celui de la théorie elle-même.
Le troisième chapitre envisage la même période sous un autre angle, celui de la crise stratégique. Il s’agit plus de coups de sondes que d’une histoire complète et cohérente, mais il est néanmoins permis de reprocher à l’auteur, à défaut d’être exhaustif – ce qui aurait nécessité un ouvrage entier – de glisser un peu vite sur les élaborations stratégiques elles-mêmes, hors desquelles il est difficile de penser leur crise. Le chapitre n’en est pas moins d’un grand intérêt pour qui s’efforce de suppléer in petto à ces manques. Ainsi, si Pudal fait à juste titre remonter aux premières années de la période considérée l’élaboration par le PCF d’une stratégie d’union de la gauche – sans jamais toutefois l’appeler sous le nom d’Union populaire, dont le caractère conceptuel est pourtant indéniable, ce qui donnera une certaine portée tant théorique que politique à son abandon en 1976 – il est peu disert sur la période du Programme commun, et intitule globalement « le doute s’installe » la sous-période 1969-1977, alors que le « doute » n’était certainement pas la caractéristique première des communistes lors des premières épreuves du feu électoral de l’union de la gauche autour du programme commun en 1973 et 1974. Si en effet « le doute s’installe », c’est plutôt dans les temps qui suivent (précisément : au cours de la préparation, fin 1974, du XXIe congrès « extraordinaire », dont la résolution finale sera profondément différente de son projet initial). La portée hautement contradictoire du XXIIe congrès, en février 1976, est ainsi sous-estimée, et l’on reste sur sa faim à propos de la rupture de l’union en septembre 1977, qui ne fait l’objet que de remarques laconiques. Pour autant, comme les précédents, ce chapitre est d’un grand intérêt. Même (trop) rapides, les remarques sur les choix du PCF en maijuin 68 sont éclairantes (mais peut-être chacun-e verra-t-elle-ou-il midi à sa porte, en fonction des époques qu’il ou qu’elle a connues). Surtout, les développements sur la sociologie interne du parti fournissent des éléments pour mieux comprendre l’évolution de sa politique. Le chapitre traite en outre spécialement (mais encore une fois rapidement) du cas emblématique de la fédération de Paris et de la « chute » de la direction fédérale animée par Henri Fiszbin.
La dernière section de ce troisième chapitre anticipe sur le thème du cinquième en débordant sa période de référence, par l’analyse des dernières années de la direction Marchais. Quoi qu’excentrée, c’est la partie sans doute la plus riche du chapitre.
Le quatrième chapitre est à nouveau une étude de cas, avec la trajectoire d’un militant, « intellectuel issu de la classe ouvrière » entré en dissidence à la fin de la période du programme commun, Gérard Belloin. Les éléments de fait sont tirés des autobiographies de cet auteur et de certains entretiens, et à travers cette trajectoire sont précisés certains traits des modes divers d’engagement des militant-e-s communistes dans le troisième quart du XXe siècle.
On revient au cinquième chapitre à la décadence shakespearienne du PCF entre 1978 et 1994, les années terribles, soit la fin de l’ère Marchais. Centré sur Le désarroi des militants, le chapitre ne propose pas une histoire politique de la période, ni même une histoire de la politique du PCF ; ainsi, l’épisode de la participation gouvernementale, avec les intenses débats internes qu’il a suscités, en particulier à partir du « tournant » de 1983, n’est évoqué que de façon latérale. Mais là encore, on ne peut reprocher à un auteur le choix de son sujet, et la crise de désaffection militante est bien analysée, sur la base d’une information riche et pleine d’intérêt. Cette époque crépusculaire d’un parti qui se referme sur lui-même pourrait donner à un romancier ou un cinéaste inspiré l’occasion d’un lyrisme dramatique.
Il serait tentant, après avoir évoqué Shakespeare, de dire qu’avec le chapitre suivant, on passe du Roi Lear à Falstaff. Mais c’est plutôt de Goriot à Mickey Mouse. C’est en effet de la « mutation » de Robert Hue et de ce qui s’ensuit qu’il est question dans ce sixième chapitre : 1995-2008. C’est une fois de plus sur les militant-e-s que se concentre Pudal. Il y est peu question des débats politiques dans leurs contenus. Ainsi, les expériences des « rénovateurs », « reconstructeurs » et même celle, de plus longue durée, des « refondateurs » sont-elles pratiquement ignorées ; et pour ne parler que de la fin de la période considérée, la question des conditions de la candidature Buffet en 2007 semble supposée connue, et n’est évoquée que de façon très allusive. Mais à trop insister sur ce que le livre ne dit pas, on risquerait de passer à côté de tout ce qu’il dit, et qui est passionnant. Le délitement des cadres militants, de l’implantation et de l’influence, pour ne pas parler de la pensée collective du PCF est mis en évidence à travers de nombreux exemples, toujours suggestifs.
Le septième et dernier chapitre, plus théorique, discute sous le titre Ouvriers, politisation et communisme de la portée de la prétention communiste à constituer le « parti de la classe ouvrière », en particulier à travers une réflexion sur les rapports des groupes subalternes avec la politique en général, et l’effet en miroir qui en résulte sur une organisation qui entend précisément représenter dans la politique « légitime » l’un de ces groupes subalternes. À la lumière des pages d’histoire et des cas individuels et collectifs évoqués dans le reste de l’ouvrage, Bernard Pudal livre là des éléments certainement utiles pour penser une politique communiste aujourd’hui. Et ces éléments me semblent confirmer la justesse des choix faits par les communistes unitaires dans le cadre de la Fédération.
Laurent Lévy
Site des Communistes unitaires , Octobre 2009
Réalisation : William Dodé