couverture
Camps d’étrangers
Parution : 14/03/2008
ISBN : 9782914968409
Format papier : 224 pages (14 x 20,5 cm)
18.50 €

Format numérique
9.25 €

Commander

Lire en ligne 
Format EPUB 

Accès libre

Lire en ligne 
PDF 
EPUB 

Quel est le point commun au XXe siècle entre les tirailleurs et les travailleurs indigènes, les réfugiés et les rapatriés coloniaux, les minorités discriminées, les insoumis et les rebelles indépendantistes, les migrants illégalisés et les demandeurs d’asile déboutés ? Le fait d’avoir été, à un moment ou un autre de leur parcours en métropole, placés de force et confinés dans des camps, des cantonnements, des dépôts, des centres, des casernements, des logements contraints, dans toutes sortes de lieux isolés, inaccessibles et insalubres.
L’auteur propose une sociologie historique des camps d�étrangers en France depuis la Première Guerre mondiale. À partir de différentes enquêtes et sources d’archives il s’agit de mettre en perspective la manière dont les pouvoirs publics, et principalement la police nationale, ont mis en place et géré des lieux d’inter­nement administratif des étrangers. Cet ouvrage questionne tout d’abord le terme de camp, objet difficile et source de polémiques entre analyses scientifiques, dénégations politiques et usages militants, mais qui décrit une réalité multiforme : celle d’un placement forcé et d’un déni de droits dans un espace clos, de circuits de déplacement surveillés et réservés, de la mise au travail forcé ou de l’interdiction de travailler, d’une limitation drastique des contacts avec le reste de la population. Il examine ensuite la technique de la mise en camp et les formes variées que prennent les camps d’étrangers selon les contextes et les objectifs des pouvoirs publics, la lutte contre un ennemi de l’intérieur, l’accueil « humanitaire » provisoire, l’épuration politique, l’expulsion de l’étranger. Il s’intéresse enfin à ces populations mises au secret de migrants forcés, de déplacés des colonies, de réfugiés européens ou de parias nationaux, des indigènes africains ou indochinois, des exilés arméniens, sarrois, espagnols, des suspects alsaciens, tsiganes, algériens, des migrants indésirables et d�autres bouches inutiles ayant fait l’amère expérience de cette étrange sollicitude de l’État démocratique pour ceux qu’il perçoit comme étrangers.

Table des matières

Intoduction
Présences des camps, absences de la sociologie
Qu’est-ce qu’un « camp d’étrangers »?
Annonce du plan de l’ouvrage

Première partie
Sociohistoire d’un mot

1. Discours scientifiques et polémiques sur les camps
Camps du proche, camps du lointain
Les recherches historiques sur les camps
Problèmes épistémologiques
Le camp figure de la modernité et de l’exception pour les philosophes
Le camp des anthropologues
Origine et étymologie du terme
Le camp de concentration: un mot malade
L’usage contemporain du terme : un mot militant
Nouvelles polémiques depuis le 11 septembre
Les nouveaux champs sémantiques: invention lexicale et euphémisation

2. Corpus, périodisation et comparaison
Les rencontres avec les camps dans les archives
Les problèmes méthodologiques des milieux fermés
Constitution du corpus et périodisation
Extension du corpus
Étudier les camps comme des villages
L’hypothèse d�un double continuum sociohistorique du logement contraint

3. Qu’est-ce qu’un camp d’étrangers ?
Une fusion des traditions de surveillance et de mise à l’écart
L’internement, procédure régalienne de privation de liberté
Différences avec la prison et la prison politique
Les parallèles et les passerelles entre prison et internement
Intégration du système pénitentiaire dans la politique de reflux des étrangers
Intégration des dispositifs d’internement dans l’arsenal des politiques migratoires
Institutionnalisation des pratiques extralégales et remise en cause du droit d’asile
Le camp d’étrangers: une institution d’enfermement latente, exceptionnelle, empirique et totale

Deuxième partie
Sociohistoire d’une technique

4. Immigration coloniale et internement
Logement social et histoire coloniale
La prise en charge des célibataires coloniaux en métropole
L’intérêt du ministère de l’Intérieur pour le logement des Algériens
Les trois axes des politiques d’immigration: contrôle, sélection et protection des indigènes
Internement et sûreté de l’État
Pouvoirs spéciaux et nouveaux moyens policiers

5. Des traditions nationales de l’internement
Cumulativité et rationalisation des pratiques internementales
Réactualisations des politiques de confinement des étrangers
Traditions nationales d’internement des étrangers
Le centre d’accueil et d’hébergement d’urgence de Sangatte : un camp d’étrangers ?
Une prise en charge humanitaire
Sangatte : un camp médiatique

6. Formes et rapport à l’espace des camps d’étrangers
Les camps répressifs: une gestion « disciplinaire » des étrangers ?
Camps de secours et camps de protection
L’intervention des organisations humanitaires
Une discipline martiale
Une clôture statutaire sociale et policière
Camps de relocation et sédentarisation forcée
Empêcher l’installation des étrangers : les camps de transit

Troisième partie
Sociohistoire des populations

7. Lieux, frontières et circulations dans les camps d’étrangers
Les camps du présent et les camps du passé
Des espaces palimpsestes
Des espaces délaissés et non équipés
Prolifération des frontières
Séparation et homologie entre quartiers des internés et direction du camp
Extension et recomposition de l’espace du camp
L’influence du camp sur son environnement
Des circulations intenses, des internés condamnés à l’errance

8. L’État des sans-État. Réfugiés et coloniaux en métropole
Réfugiés et familles dans les camps d�étrangers
L’entrée dans les camps
Les effets de la mise à l’écart sans fin
Réappropriation de l’espace du camp
L’espace-camp. L’habitat du colonial en métropole
Le contingentement des coloniaux
Conscrits ou internés: les travailleurs coloniaux ne laissent pas de traces
Une ville ouvrière invisible
Mobilité et flexibilité dans et par les camps
Des territoires de friches industrielles

9. Identifications, assignations et résistances
Le domaine de l’indésirable
La zone grise des bouches inutiles
Une institution de pénurie
Un discours hygiéniste et une assistance médicale rudimentaire
Les camps: des espaces politiques et de mobilisations des internés
Le cas du Larzac
La subversion des clivages
Variété des figures de l’interné et transitivité des catégories

Conclusion
Des camps discrets ?
Dispersion et prolifération des camps d’étrangers
Un nouveau continuum de sécurité
Banalisation du camp comme espace normal du réfugié
Miniaturisation et plasticité
Vers le Grand éloignement

Réalisation : William Dodé