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Revue Savoir/agir n°32
Réinventer les partis politiques
Parution : 15/06/2015
ISBN : 9782365120661
Format papier : 116 pages (16 x 23,5)
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Les partis politiques sont parmi les institutions suscitant la défiance la plus forte aujourd’hui. Le phénomène n’est pas nouveau. Les partis ont toujours été associés dans les représentations dominantes à des “organisations oligarchiques”, des machines à “diviser”, à “exercer le pouvoir à tout prix”, “cultiver des clivages artificiels”, à des bureaucraties… Ces critiques se sont exacerbées avec “la crise de la représentation”. Les fonctions des partis politiques semblent s’être affaiblies : ils ne produisent plus d’offres politiques discriminantes, ne sont plus ni des creusets idéologiques ni des intellectuels collectifs, n’encadrent plus à gauche des milieux populaires dont on souligne la déshérence politique, l’abstention ou “la droitisation”. Avec le déclin du militantisme et le processus d’hyperprofessionnalisation de la politique, leur ancrage et leur représentativité sociale se sont à l’évidence érodés. Le poids des médias et des sondages et la personnalisation politique qui en découle contribuent également à les délégitimer. Les partis politiques, liés inévitablement à la démocratie représentative et électorale qu’ils encadrent, sont ainsi condamnés à se “réinventer”, se “rénover”, à s’adapter à la nouvelle donne et à trouver de nouvelles réponses, notamment sur le terrain des pratiques démocratiques (primaires). Certaines vieilles organisations mettent en scène le changement de leurs discours ou de leurs méthodes. De nouvelles formes s’inventent faisant place à plus d’inter­activité (via Internet notamment) avec des modalités plus horizontales ou directes de participation.
Ce numéro de la revue est consacré à ce travail multiforme et très différencié selon les organisations cherchant à se dépasser ou à se “réinventer”.
Présentation du dossier

Les partis politiques sont parmi les institutions suscitant la défiance la plus forte aujourd’hui. Régulièrement des sondages confortent le lieu commun médiatico-politique de la « crise » des partis ou de leur déficit de légitimité. Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Il est sans doute aussi ancien que le phénomène partisan lui-même, les partis étant jugés peu représentatifs dès la fin du dix-neuvième siècle dans les travaux de l’école élitiste (Michels, Ostrogorski…). Les partis ont toujours été associés dans les représentations dominantes à des « organisations oligarchiques », des machines à « diviser », à « exercer le pouvoir à tout prix », à « cultiver des clivages artificiels », à des bureaucraties… Ces critiques se sont exacerbées avec ce qui a été construit comme « la crise de la représentation ». Les « fonctions » prêtées aux partis politiques se sont incontestablement affaiblies : ils ne produisent plus d’offres politiques discriminantes, ne sont plus ni des creusets idéologiques ni des intellectuels collectifs, n’encadrent plus à gauche des milieux populaires dont on souligne la déshérence politique, l’abstention ou « la droitisation ». Avec le déclin du militantisme et le processus d’hyper-professionnalisation de la politique, leur ancrage et leur représentativité sociale se sont à l’évidence érodés. Le poids des médias et des sondages et la personnalisation politique qui en découlent contribuent également à les délégitimer comme médiations politiques et sociales. La défiance à l’égard des hommes politiques rejaillit sur les organisations politiques qui font l’objet d’un large discrédit. Les partis politiques sont pourtant liés inévitablement à la démocratie représentative et électorale qu’ils encadrent. Malgré les actes de décès des partis régulièrement annoncés, la politique est « affaire » de partis qui concourent selon la constitution ­française à « l’expression du suffrage ». La délégation démocratique se fait sous l’emprise des partis dans la mesure où ils ont acquis historiquement un monopole sur la production des élites et la sélection des candidatures, l’investiture partisane constituant un facteur central d’éligibilité. Il est quasi impossible aujourd’hui pour un candidat de se présenter à une élection (y compris au niveau local) et d’avoir des chances d’être élu sans pouvoir se prévaloir d’une marque partisane.
Dans ce contexte de « crise de la représentation » sans cesse réaffirmée, les partis sont ainsi condamnés à se « réinventer », se « rénover », à s’adapter à la nouvelle donne et à trouver de nouvelles réponses, notamment sur le terrain des pratiques démocratiques (primaires ou démocratisation interne, refus des mécanismes de délégation et de captation du pouvoir par les leaders, recherche de formes substitutives de légitimité). Les organisations partisanes le sont d’autant plus qu’elles s’inscrivent souvent dans des traditions organisationnelles anciennes qui les incitent à se renouveler même si la permanence du sigle cache des phénomènes de discontinuités (le PCF est presque centenaire, le PS est l’héritier direct de la SFIO née en 1905, le FN a plus de quarante ans…). Certaines vieilles organisations mettent en scène le changement de leurs discours ou de leurs méthodes. Le Parti communiste a longtemps prétendu se régénérer dans la « mutation ». Le Nouveau Parti Anticapitaliste est né de la fin de la Ligue communiste révolutionnaire… Europe-Écologie les Verts, constitué à la veille des élections européennes de 2009, s’est construit comme une organisation en réseau et poreuse contre le modèle partisan vertical et clos traditionnel. Un nouveau nom est censé réinitialiser l’organisation sur le marché symbolique des sigles pour faire oublier les turpitudes passées (Les Républicains à droite succédant à une UMP prétendument démonétisée). De nouvelles formes partisanes à droite (Nous Citpyens) comme à gauche (Nouvelle Donne) s’inventent, faisant place à plus d’interactivité (via Internet notamment) ou mobilisant des formes plus horizontales ou directes de participation. Tout se passe comme s’il fallait « faire parti autrement » faute de pouvoir faire autrement, en se passant des partis.

Nathalie Éthuin et Rémi Lefebvre
Réalisation : William Dodé