couverture
Ces truands qui nous gouvernent
Ils nous ont volé l’Amérique, il est temps de la reprendre
Traduit de l’Américain
Préface de Francis McCollum Feeley, professeur d’études américaines à l’université Grenoble 3
Parution : 15/04/2004
ISBN : 2914968078
Format papier : 464 pages (11 cm x 17,5 cm)
14.00 €

Commander

Lire en ligne 
Format PDF 
Format EPUB 

Accès libre

PDF 
EPUB 
Ces truands qui nous gouvernent (Titre original : Thieves in High Places. They’ve stolen our country and it’s time to take it back) est un best-seller aux États-Unis depuis sa parution en septembre 2003.
La tradition populiste des Américains de gauche, dont Jim Hightower est un représentant, est peu connue en Europe et n’a rien à voir avec le populisme européen. Aussi, ce livre est une critique du capitalisme monopolistique des multinationales ainsi que de l’aliénation du gouvernement et du peuple américains.

Cet ouvrage, empreint de colère et d’humour, analyse un système qui écrase une grande partie de la population américaine. À travers ses quinze chapitres s’exprime « la voix du peuple ». Ils associent exposés et célébrations des héros méconnus de la tradition américaine qui incarnent la résistance et la lutte contre la tyrannie, pour le respect et la dignité de l’individu. Ce livre est donc un appel et en même temps un « plan de route » pour permettre, démocratiquement, de rendre le pouvoir politique au peuple, de l’ôter des mains des affairistes, véritables brigands.
Les activités économiques inégalitaires, unilatérales et transnationales d’aujourd’hui mettent, en effet, en danger la démocratie, plus particulièrement dans les pays industrialisés. Dans cet écrit, qui alerte et mobilise les consciences, nous trouvons des antidotes contre la passivité et le défaitisme qui menacent l’esprit traditionnel, progressiste et solidaire des Américains. Dans un style à la fois humoristique et déroutant, Jim Hightower réussit là une critique de la société américaine, utile et positive, pour ceux et celles qui veulent contribuer au changement.
Une nation kleptocrate

Nation kleptocrate [nasjõ ‘klept ocrat],
n. 1. Ensemble de personnes gouverné par des voleurs 2. Gouvernement caractérisé par la pratique de transférer les fonds et le pouvoir de la majorité à une minorité 3. Classe dirigeante de gens riches qui usurpent la liberté, la justice, la souveraineté et les autres droits fondamentaux du peuple 4. Les États-Unis en 2003.

Les Kleptocrates ont pris le pouvoir. Il suffit de regarder la manière dont est dirigée l’Amérique aujourd’hui — pas seulement en politique, mais aussi dans le monde des affaires. Ne me dites pas que vous n’échangeriez pas tout ce petit lot contre une bonne instit’ de maternelle.
Oubliez George W. un instant (nous y reviendrons bien assez tôt) et observez n’importe quel dirigeant d’entreprise, poids lourd du Congrès, magnat de la presse, présentateur vedette de talk-shows, prêcheur-télé gominé et autres, qui nous refourguent la nouvelle morale : « prends l’oseille et file ». Ça alors... dans une situation critique, est-ce que vous aimeriez être ligoté avec un de ces zigotos ? Quand je regarde l’un d’eux, je ne peux pas m’empêcher de marmonner : « cent mille spermatozoïdes et il a fallu que ce soit toi le plus rapide ? »
Et pourtant, les voilà aux commandes. Nous vivons dans le pays le plus riche de l’histoire, un pays riche d’opportunités sans limite, composé d’un peuple profondément enclin au respect des idéaux démocratiques ; un pays ayant le potentiel pour réaliser des projets humainement remarquables — mais nous nous retrouvons gouvernés (politiquement, économiquement, culturellement et moralement) par une confédération de Kleptocrates.
Quand avez-vous remarqué pour la première fois ou, du moins, commencé à soupçonner que l’Amérique s’était perdue ? Pas physiquement bien sûr, nous sommes bien là. Perdue au sens de déviée du chemin honorable et vertueux balisé par Thomas Paine, Thomas Jefferson, James Madison, et d’autres qui avaient la tête bien faite autour des années 1776 — le chemin d’une société basée non pas sur des valeurs impérialistes, mais sur la philosophie des Lumières et l’égalitarisme.
Nous n’avons bien sûr jamais atteint ce but glorieux, mais l’essentiel est que durant notre séjour de quelques deux cents ans dans ce pays, nous nous sommes constamment efforcés d’y parvenir... et avons progressé. S’il existe un mot pour qualifier ce grand creuset de diversité qu’on nomme « Amérique », c’est bien « nation de l’effort ». Malheureusement, les élites culturelles voudraient minimiser cette puissante vertu en la réduisant à la quête individuelle d’un gain matériel — Qui veut gagner des millions ? / Comment devenir riche dans la prochaine demi-heure ? / Vous avez peut-être déjà gagné...
Et après ça, on s’interroge sur le pourquoi de ce trou profond dans l’Amérique, de ce vide que ni la frénésie de consommation, ni les élections clés en main, ni de petits drapeaux aux couleurs de la nation, et encore moins la télé-réalité, ne sauraient combler. L’Amérique s’est perdue dès l’instant que « Ceux qui nous contrôlent » se sont mis à juger de la valeur d’une personne en fonction de l’importance de son portefeuille d’actions ; car ce n’est pas ça, l’Amérique. Ces « politiques » sont aussi paumés que le fameux mari perdu d’avance dans une procédure de divorce :

Avocat :
Quelle est la première chose que votre mari vous ait dite ce matin au réveil ?
Témoin : Il a dit : « Où suis-je, Cathy ? »
Avocat : Et en quoi cela vous a-t-il déplu ?
Témoin : Je m’appelle Susan.

Arrêtez de nous traiter de simples « consommateurs » ou « actionnaires » ; nous sommes des citoyens — des citoyens à cent pour cent, irréductibles et exubérants. Nous sommes, en réalité, les derniers souverains de ce pays. Notre recherche incessante n’est pas seulement celle du gain matériel, mais également celle du sentiment de plénitude spirituelle que procure le fait de construire un art de vivre ensemble, et d’en récolter la richesse sous la forme du bien public.
L’idée d’appartenir à quelque chose de plus vaste que notre ego ou notre compte en banque, l’idée de partager, de s’impliquer dans un projet commun et d’y participer dans un esprit collectif, est la GRANDE IDÉE même de l’Amérique. Ayant grandi à Denison, au Texas, on m’a transmis ce concept unificateur et moral à travers le goût du travail ; mes parents qui avaient connu la Grande Crise de 1929, tenaient un petit commerce dans notre village. Ils connaissaient et chérissaient, pour l’avoir expérimenté, le véritable credo de l’Amérique : « Chacun va mieux quand tout le monde va mieux », avait coutume de dire mon vieux papa.
La transgression impardonnable des dirigeants d’aujourd’hui est d’avoir abandonné cette sagesse commune qu’est le respect de la chose publique, et d’avoir cessé de tendre vers ce monde des Lumières et d’égalitarisme que les fondateurs avaient imaginé, et que tant d’hommes avaient lutté pour construire. Bien au contraire, que ce soit dans les bureaux de PDG ou à la Maison Blanche, les dirigeants d’aujourd’hui colportent une morale inhumaine, du style « Chacun pour soi, prenez tout ce que vous pourrez et, si vous êtes assez riche, enfermez-vous dans une résidence protégée. »
Oh ! la ! C’est ce qui s’appelle empester l’argent à plein nez. Ce n’est plus une société, c’est un combat de coqs ! On est bien loin de ce pays fier où nous croyions vivre — la terre de la Liberté et de la Justice pour tous.
Non seulement les Kleptocrates nous volent notre pays, mais ils nous volent également nos idéaux démocratiques — l’idée même de l’Amérique. Et il est grand temps de la récupérer.

VAMPIRES SUCEURS DE SEVE
Les élites sont-elles donc si loin de nous ? Elles en sont si loin que même les modérés sont à la dérive maintenant. Prenez Sherwood Boehlert, par exemple. Député républicain d’accord, mais pas un mauvais gars, malgré tout... Sherwood se définit comme « faisant partie de la classe moyenne éclairée ».
Cela fait vingt et un ans qu’il est député de New York. Un bon moment. Peut-être un tantinet trop longtemps. Il dit adorer son travail, qui est, selon lui, une « pure jouissance ». Hum ! Après tout, il paraît que ceux qui gagnent leur vie en pelletant de la merde finissent par en apprécier l’odeur. Chacun son truc, après tout.
Mais récemment Sherwood a fait une déclaration qui me fait dire qu’il a respiré les effluves de la haute administration plus longtemps qu’il n’aurait dû : « C’est la maison du peuple, s’est-il extasié à propos de son poste au Capitole. La seule institution au monde qui soit la personnification de cette grande démocratie qui est la nôtre. »
Oh ! Vite, appelez les urgences. Il faut dépêcher au Congrès une équipe de Retour sur Terre, attraper Sherwood, le ficeler et lui faire une cure défibrillatrice pour ramener ce pauvre type qui délire à la raison.
Réfléchissez une minute : Congrès, démocratie. Est-ce que ces deux mots sonnent bien ensemble pour vous ?
Le peuple américain est fait d’infirmières, de secrétaires, de chauffeurs de taxi, d’instituteurs, de pharmaciens, de commerçants, de cadres moyens, de travailleurs de base, de bibliothécaires, de femmes de ménage, d’électriciens, d’ouvriers agricoles, d’artistes en mal de contrat — combien d’entre nous ont un siège près de Sherwood dans « la maison du peuple » ?
La grande majorité des Américains gagne moins de 50 000 dollars par an ; la moitié d’entre eux gagne moins de 32 000 dollars. Combien y a-t-il de membres du Congrès qui viennent de milieux aussi modestes ? Le Congrès aujourd’hui est composé de cadres d’entreprise, d’avocats, et d’anciens permanents politiques (ce qui est le cas de Boehlert). Selon un rapport du Public Interest Research Group (groupe de recherche d’intérêt public américain), près de la moitié des nouveaux élus aux Congrès l’an dernier sont millionnaires. C’est ça, votre personnification de la démocratie ?
Allez, on va jouer à « Qui veut faire partie du Congrès ? » Il y a 280 millions d’Américains. Le gros lot d’aujourd’hui sera décerné à celui qui me dira combien d’entre nous sommes millionnaires. Bip ! Le temps est écoulé. Réponse : 2,1 millions. En calculant, cela fait à peu près 0,7 % de la population.
Non seulement les membres du Congrès ont tendance à y descendre depuis les hautes sphères de l’économie, mais en plus ils passent le plus clair de leur temps et de leur vie sociale en compagnie de leurs semblables. La « base » d’un congressiste n’est plus formée de gens comme vous et moi, mais des gens « qui comptent ». Ce sont les décideurs d’entreprise et les élites riches, ceux qui disposent de groupes de pression à plein temps et qui font des dons de mille dollars et plus pour le financement des campagnes (seulement 0,12 % des Américains se rangent dans cette catégorie), et qui huilent les rouages de la réélection parlementaire. Ce sont les rares privilégiés qui connaissent les membres par leur prénom, que l’on rappelle systématiquement quand ils téléphonent — et dont on accepte toujours les programmes politiques.
Peut-être que c’est ce fossé économique béant entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, qui explique que nos catins d’État ne trouvent jamais le temps de veiller à ce que toutes les familles aient accès à une assurance maladie, ou de voter une loi qui garantisse à chacun un revenu minimum, ou encore de s’assurer que chacun aura une retraite suffisante. Les membres du club du Congrès n’y trouvent aucune urgence parce que, hé !, ils ne sont pas concernés ; eux ne sont pas inquiets outre mesure de problèmes de ce genre, parce que d’une, ils sont riches, et de deux, ils bénéficient d’une couverture financée par nous, les contribuables. Eh oui, voilà ce dont les multimillionnaires du Congrès bénéficient :
• Une couverture maladie en or pour eux et leur famille, ce qui leur permet de consulter le médecin de leur choix et les spécialistes qui leur conviennent, d’avoir des soins dentaires si besoin est, et de la chirurgie esthétique pour leurs animaux familiers (là, je plaisante, mais croyez-moi, ils en sont capables !)
• Une retraite plus que confortable, avec des pensions dont le montant peut aller jusqu’à dépasser leur ancien salaire. Même les premiers versements valent le détour : Phil Gramm, qui a enfin œuvré pour le bien des Texans l’an dernier en quittant son poste, touche une pension sur une base de 78 534 dollars par an. Il sera plus payé en ne fichant rien, que plus de 80 % des Américains ne le sont en travaillant à plein temps.
• Des augmentations régulières de salaire, indexées sur la hausse des « frais professionnels ». Alors que depuis 1996 le Congrès n’a pas cru bon d’augmenter le SMIC (qui est toujours de 5,15 dollars l’heure), ses élus, en revanche, n’ont pas hésité à s’octroyer des augmentations de salaire de 5 000 dollars, et ce par quatre fois au cours des cinq dernières années.


Dick, passe un coup de fil quand t’arrives vers Pluton
« Le Congrès n’a pas voté une augmentation de salaire en sa faveur. Nous n’avons simplement pas nié notre droit à une augmentation normale de notre niveau de vie, sur laquelle comptent, et même insistent, tous les autres travailleurs d’Amérique. »
Dick Armey, leader de la majorité, lors de l’émission Meet the Press (Rendez-vous avec la presse), après des manœuvres lors de l’augmentation de salaire de l’an dernier, qui ont amené le salaire des congressistes à 155 000 dollars par an.
• Cette « régularisation » de 20 000 dollars sur le salaire annuel net de chacun d’entre eux est supérieure de 8 000 dollars au salaire brut que toucherait un smicard à plein temps si le Congrès daignait mettre en application cette publicité fumeuse autour du dollar supplémentaire dont ils « parlementent » depuis des années.
• Une sécurité d’emploi sans égale. Sans blague, savez-vous que la probabilité pour qu’un membre du congrès perde sa place est proche de zéro ? Pas seulement à cause de l’argent des lobbies dont ils sont littéralement bourrés, mais aussi parce républicains et démocrates complotent ensemble pour fractionner leur part respective du gâteau dans chaque État, en faisant du charcutage électoral dans les districts afin de s’assurer que dans 96% des cas le député sortant sera réélu. Si c’est cela la démocratie, un système truqué qui aujourd’hui ne laisse la concurrence jouer que dans 20 des 435 sièges de la Chambre des représentants...
Je conçois le Congrès, dans son ensemble, (bien que, c’est vrai, il y ait des exceptions dans ce tout) comme une colonie de cigales. Les cigales sont d’intéressants petits insectes, dotés d’un instinct de survie puissant. Après avoir pondu des œufs sur trois branches, les cigales tombent au sol, s’enfoncent immédiatement dans la terre et se collent aux racines des arbres, dont ils suceront ensuite la sève pendant treize ans. La grande différence est que les bestioles du Congrès sucent la sève beaucoup plus longtemps.

En avant ! Ensemble reprenons l’Amérique !
Il y a quelques années, la police japonaise découvrit plus de quatre cents articles de lingerie féminine au domicile d’un certain Sadao Ushimura, qui occupait à l’époque un poste important au ministère des Finances. Ushimura se déclara innocent de toute perversion, arguant qu’il les avait « ramassées dans la rue par le plus grand des hasards ».
Nous autres Américains avons toujours nos sous-vêtements, mais nous avons été dénudés d’un vêtement bien plus délicat et précieux : notre démocratie. Si sur ce territoire immense, avec sa cacophonie de voix et ses clivages culturels sans précédent, nous avons réussi à maintenir ce système sur pied au-delà des années, c’est grâce à la croyance viscérale et instinctive que nous avons dans le caractère sacré des principes démocratiques.
Mais quelque chose ne tourne plus rond du tout dans notre pays. L’essence de la démocratie — le pouvoir que nous avons de contrôler les décisions qui nous concernent — nous a lentement mais sûrement été subtilisée par les milliardaires kleptocrates. Ils ont ramassé un à un les pouvoirs de notre démocratie, les accumulant dans leurs fiefs privés. Ces élites, avec le soutien actif de la classe à qui ils ont acheté sa coopération, contrôlent à présent les décisions qui nous affectent, Nous le Peuple, depuis l’orientation des dépenses publiques jusqu’à la dégradation de l’environnement, des salaires à la guerre, de ce que dit la presse à qui sera élu.
Cela ne s’est pas fait par « le plus grand des hasards », mais à travers un vol délibéré, et ce vol a maintenant pris l’ampleur d’une véritable mise à sac. Il faut affronter la réalité qui se profile devant nous : les élites ont réussi un coup d’État en douceur, ils nous ont lentement bernés en s’appropriant de manière définitive l’équilibre du pouvoir en Amérique — et en substituant à une démocratie du peuple une nation kleptocrate.
Cela pourrait être très déprimant, s’il n’y avait un élément de base qui, lui, demeure indéniablement : le peuple (petits vauriens !) croit toujours dur comme fer, et avec un instinct tenace, en nos principes historiques de démocratie. Le remède à la Kleptocratie est le médicament, vieux comme le monde, de la lutte pour la démocratie, de la révolte, de l’organisation ; à travers tout le pays, la rébellion a commencé !
Tout comme lors de la révolution de 1776, tout comme ce fut le cas lors de la révolte populiste contre les capitalistes sauvages du XXe siècle, et tout comme cela commence à se passer aujourd’hui ici et là dans ce pays, l’aspiration constante des Américains à la démocratie ne sera pas réprimée plus longtemps. Malgré nos dirigeants actuels (malgré leurs ambitions autocratiques, ploutocratiques et impérialistes), cette nation est bien une nation d’irréductibles démocrates, et leur esprit vaincra.
Je conçois mon pays comme un rosier. Beaucoup de gens disent que les roses sont imparfaites par essence, car elles ont des épines. Je vois les choses différemment. Je trouve merveilleux que les épines aient des roses. L’Amérique est un buisson épineux, c’est certain, mais ce sont les gens ordinaires qui en sont les roses, et ce livre raconte leur belle histoire.
Réalisation : William Dodé